Le traitement

Il n'existe pas d'études cliniques concernant le traitement du charbon pulmonaire chez les humains. De la même façon, beaucoup d'inconnus subsistent en ce qui a trait au meilleur antibiotique ou au schéma thérapeutique. Étant donné l'évolution rapide du charbon pulmonaire symptomatique, l'administration rapide d'antibiotique est essentielle.

Pour les patients infectés au charbon, un délai de traitement aux antibiotiques, même de quelques heures, risque de diminuer de façon significative leurs chances de survie. Étant donné la difficulté d'établir rapidement le diagnostic microbiologique du charbon, dans une région où des cas ont été déclarés, toutes les personnes souffrant de fièvre ou présentant des symptômes évidents de maladie systémique devraient être traitées pour le charbon jusqu'à ce que toute possibilité de la maladie soit exclue.

La plupart des souches du charbon qui se trouvent à l'état naturel sont sensibles à la pénicilline, et historiquement, la pénicilline a constitué le traitement de choix contre le charbon. La pénicilline, tout comme la doxycycline, est approuvée à cette fin par l'Agence américaine de contrôle pharmaceutique et alimentaire (Food and Drug Administration - FDA), Bien que le traitement de l'infection au charbon avec la ciprofloxacine n'ait pas été étudié chez les humains, les expériences sur les animaux permettent de croire à l'excellence de son efficacité. Des comptes rendus ont été publiés à propos d'une souche de vaccin B. anthracis (bacille du charbon) mise au point par des scientifiques russes pour résister aux antibiotiques de la catégorie des tétracyclines (doxycycline) et des pénicillines.

Décontamination

Le plus grand risque pour la santé humaine à la suite d'une aérosolisation intentionnelle de spores de charbon survient durant l'aérosolisation primaire, soit la période pendant laquelle les spores de charbon demeurent en suspension dans l'air. La durée de cette période et la distance que parcourent les spores avant de devenir non infectieuses ou d'atteindre le sol dépend des conditions météorologiques et des propriétés du procédé aérosol. Selon l'hypothèse du Groupe de travail sur la biodéfense civile, dans des conditions de survie et de persistance maximales, l'aérosol serait vraisemblablement dispersé en entier en l'espace de quelques heures, ou tout au plus d'une journée, soit bien avant que les premiers cas symptomatiques apparaissent.

Le risque pour la santé publique que pourraient poser des spores de charbon après la période d'aérosolisation primaire peut être déduit de l'expérience de Sverdlovsk. À Sverdlovsk, des nouveaux cas de charbon pulmonaire se sont déclarés aussi tard que 43 jours après la date présumée de l'émission, mais aucun n'est apparu dans les mois et les années qui ont suivi. Bien qu'il soit impossible d'affirmer avec certitude qu'il n'y a pas eu d'aérosolisation secondaire (infection par des spores déjà stabilisées dans l'atmosphère), elle semble improbable. Peu d'efforts ont été entrepris pour décontaminer l'environnement après l'accident et seulement 47 000 habitants sur le million que comptait la ville ont été vaccinés. Avec le temps, l'apparition de nouveaux cas aurait pu laisser supposer qu'un seul témoignait potentiellement pour tous les patients ayant été à l'intérieur de la zone de l'accident au moment de l'aérosolisation primaire. Si l'aérosolisation secondaire avait été importante, il est presque certain que de nouveaux cas se seraient déclarés bien après la période observée de 43 jours.

Contrôle de l'infection

Il n'existe pas de données qui permettent de supposer que le charbon soit transmissible de patient à patient. Les précautions d'une barrière normale d'isolement sont recommandées pour les patients hospitalisés pour toutes les formes de charbon, mais l'utilisation de masques spéciaux et autres protections du genre n'est pas indiquée. Il ne semble pas nécessaire d'immuniser ou d'administrer des traitements prophylactiques pour les contacts avec les patients, à moins d'être assuré qu'ils aient aussi été exposés à l'aérosol au moment de l'attaque.

Pour les humains et les animaux qui meurent de la maladie, il est important que l'enterrement ou la crémation soient irréprochables. La crémation devrait être sérieusement envisagée. La thanatopraxie (embaumement) peut comporter des risques particuliers pour les embaumeurs. Si une autopsie est pratiquée, tous les instruments et le matériel ayant servi devront être stérilisés en autoclave ou incinérés.

Michael E. Pezim, MD, FRCSC, FACS, DABCRS, en collaboration avec Medbroadcast