Diminuer le nombre de victimes du cancer grâce à la prévention

Connaissez-vous le proverbe : « Mieux vaut prévenir que guérir » ? De nombreux facteurs contribuent au risque de contracter le cancer et en influencent le pronostic ; selon une étude publiée dans la revue médicale The Lancet, ces 9 facteurs de risque sont associés à plus d'un tiers des fatalités annuelles du cancer à travers le monde.

Mais, à la différence des facteurs de risque hors de notre contrôle, comme les antécédents familiaux, nous pouvons exercer une influence sur ceux-ci, car ils sont modifiables. Par conséquent, si vous prenez des mesures concrètes au sujet de l'un deux, vous avez des chances de diminuer le risque de contracter un cancer et d'y succomber.

Voici les facteurs de risque relevés par l'étude :

  • la surcharge pondérale et l'obésité,
  • la consommation insuffisante de fruits et de légumes,
  • l'inactivité physique,
  • le tabagisme,
  • l'abus d'alcool,
  • les rapports sexuels non protégés,
  • la pollution urbaine,
  • la fumée d'un poêle à charbon ou à bois,
  • la transmission du virus de l'hépatite dans le cadre de soins médicaux.

Au cours de l'étude, des chercheurs de l'École de santé publique de Harvard ont analysé les données de l'évaluation comparative des risques, projet mené par l'Organisation mondiale de la santé qui examine les facteurs de risque dans différentes parties du monde. Dans leur analyse, les chercheurs de Harvard ont dégagé la façon dont certains facteurs de risque touchaient les hommes et les femmes ainsi que le retentissement de ces facteurs dans des pays à revenus élevés, moyens et faibles.

Dans l'ensemble, les chercheurs ont conclu que ces facteurs de risque sont responsables de 35 %, soit 2,43 millions des 7 millions de décès attribués au cancer à l'échelle mondiale chaque année. Dans une région à hauts revenus, comme l'Amérique du Nord, le tabagisme, l'alcool, la surcharge pondérale et l'obésité constituaient les facteurs de risque les plus importants.

On estime qu'au Canada, plus de 177 000 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués et environ 75 300 décès par cancer sont rapportés chaque année. En 2007, le cancer a dépassé les maladies cardiovasculaires à titre de première cause de mortalité au Canada. Étant donné qu'il n'y a des méthodes de dépistage efficaces que pour un petit nombre de cancers (et l'issue probable de la maladie peut dépendre du diagnostic précoce du cancer, avant qu'il ne se soit propagé), l'efficacité du traitement anticancéreux peut être limitée contre de nombreux cancers. La meilleure façon de diminuer le nombre de ces morts, selon l'étude de Harvard, c'est de prévenir l'installation du cancer en ciblant les facteurs de risque modifiables. Voici où vous pouvez prendre les rênes.

Domptez vos risques de cancer

Savoir quelles habitudes de vie ont ont un retentissement sur le risque de cancer à l'échelle mondiale est important, mais savez-vous quelles habitudes ont véritablement un effet sur votre vie ?

Pour commencer, examinez la liste des facteurs de risque modifiables et réfléchissez à votre mode de vie. N'oubliez pas, il s'agit des facteurs de risque que vous pouvez corriger. Cette liste vous permettra de reconnaître avec satisfaction les décisions bénéfiques que vous avez prises par le passé et celles qui ne sont pas bonnes pour votre santé. Soyez honnête avec vous-même, c'est important.

Pesez-vous plus que vous ne le devriez ? Savez-vous quel est votre indice de masse corporelle (IMC) ? Fumez-vous une cigarette à l'occasion ? Faites-vous régulièrement de l'exercice ? Savez-vous la différence qu'il y a entre une consommation d'alcool modérée et l'alcoolisme latent ?

Si vous n'êtes pas totalement honnête avec vous-même, votre cas n'est pas unique. D'après un sondage récent auprès de New-Yorkais, seulement 39 % des adultes souffrant d'obésité se sont décrits comme obèses. Si vous n'avez que quelques kilos en trop à l'heure actuelle, ils ne représentent peut-être pas un problème. Mais, si vous gagnez une ou deux livres tous les ans et que vous vous promettez à chaque fois que vous vous pesez que vous les perdrez au cours de l'été, vous atteindrez une surcharge pondérale qui deviendra éventuellement un gros problème de santé.

Si vous ne fumez qu'une cigarette de temps à autre, vous pensez peut-être que vous ne courez pas les mêmes risques qu'un fumeur endurci. Cependant, même si vous fumez « seulement en compagnie » vous devriez vous méfier. Même un tabagisme léger (1 à 4 cigarettes par jour) peut avoir de lourdes conséquences pour votre santé, car votre risque de mourir du cancer du poumon et d'autres troubles s'accroît.

Mais, il y a une différence entre reconnaître que vous pourriez modifier certains aspects de votre mode vie et effectuer ces modifications. Après tout, pourquoi faire le jour même ce que vous pouvez remettre au lendemain ? Prendre de nouvelles habitudes de vie peut s'avérer très difficile. Vous avez formé ces habitudes au cours des années et il se pourrait que vous ayez de la difficulté à comprendre comment elles influent sur vos risques de contracter un cancer et comment les modifier.

Si ces facteurs de risque et leur retentissement vous déconcertent, parlez à votre médecin.

Et, la prochaine fois que votre médecin vous posera des questions sur votre mode de vie - pour savoir si vous fumez ou si vous faites de l'exercice régulièrement - répondez bien franchement. Vous pouvez ressentir de l'embarras à l'idée d'admettre que vous avez des habitudes qui ne sont pas toujours très bonnes pour votre santé, mais votre médecin est soucieux de vous aider et non pas de vous juger. Quand il s'agit d'obtenir de l'aide pour effectuer les modifications qui s'imposent pour réduire votre risque de cancer, votre médecin est une ressource précieuse - mais il ne peut vous aider que si vous lui expliquez les aspects que vous aimeriez changer. La politique de l'autruche n'a aucun effet bénéfique sur la santé.

La triade condamnatoire : tabac, boisson et obésité

Tabac, boisson et obésité : selon l'étude menée par Harvard, ce sont les 3 facteurs de risque les plus importants qui visent les personnes des pays à hauts revenus comme le Canada. Voici quelques stratégies qui vous permettront de lutter contre le cancer sur ces 3 fronts.

Le tabac

Allumer une cigarette peut accroître votre risque de contracter un certain nombre de cancers, notamment du poumon, de la vessie, du côlon et du rectum, du pancréas, du sein et bien d'autres encore. Même si vous ne fumez que de temps à autre, vous pouvez éventuellement augmenter considérablement votre risque de contracter un cancer.

Voici quelques conseils qui favoriseront l'abandon du tabac :

  • fixez une date et adhérez-y;
  • faites part de vos intentions à votre entourage. Si ces personnes savent que vous essayez de cesser de fumer, celles qui fument ne vous offriront vraisemblablement pas une cigarette ni ne vous inviteront à une pause pour fumeurs;
  • consultez votre médecin ou votre pharmacien sur les médicaments qui pourraient vous aider à cesser de fumer;
  • apprenez à repérer les déclencheurs du tabagisme, puis supprimez, délaissez ou modifiez les pratiques tabagiques que provoquent systématiquement les petits verres pris après le travail ou les pauses-café;
  • assignez-vous un délai, disons de 20 minutes, lorsque vous ressentez le besoin de fumer, et attendez que l'envie passe au lieu d'y céder.

La consommation alcoolique

Un grand nombre de personnes savent boire modérément (3 boissons alcoolisées par jour pour les hommes et 2 boisson par jour pour les femmes), mais l'abus des boissons alcoolisées peut accroître votre risque de cancer gastrointestinal, de la bouche, de l'œsophage, du foie, du sein, et bien d'autres encore.

Voici comment modérer votre consommation d'alcool :

  • Discutez avec votre médecin pour savoir si vous pouvez boire de l'alcool, compte tenu de vos facteurs de risque de cancer, des médicaments que vous prenez peut-être et d'autres facteurs encore.
  • Lors d'une fête, buvez alternativement une boisson alcoolisée et non alcoolisée afin de neutraliser l'effet déshydratant de l'alcool et de limiter votre consommation totale d'alcool.
  • Sachez ce qui constitue une ration. Un verre représente 341 mL (12 oz) de bière, 142 mL (5 oz) de vin ou 43 mL (1,5 oz) de liqueur à 40 % d'alcool.
  • Évitez l'alcoolisme périodique, c'est-à-dire 3 boissons ou plus en une seule occasion pour les femmes et 4 boissons ou plus en une seule occasion pour les hommes.
  • Apprenez à déceler les signes d'un alcoolisme latent. Parmi ceux-ci on retrouve la consommation alcoolique en cachette, les pertes de conscience et le « besoin » de boire alors que la consommation d'alcool est augmentée progressivement pour procurer les mêmes effets. Si vous remarquez ces signes, il est temps d'avoir une discussion avec votre médecin.

La surcharge pondérale et l'obésité

Si vous avez une surcharge pondérale ou si vous êtes obèse, vous êtes non seulement porteur de quelques kilos supplémentaires - mais aussi d'un risque accru de contracter une variété de cancers, notamment un cancer du sein, du cerveau, de la vésicule biliaire, de l'ovaire chez les femmes; du rectum et du côlon ainsi que de la prostate chez les hommes. En outre, ce poids excédentaire peut entraver le processus des examens de dépistage de certains cancers, augmentant ainsi la possibilité qu'ils se propagent avant d'avoir été découverts.

Voici quelques conseils qui vous permettront de gérer votre poids :

  • apprenez à évaluer les portions alimentaires. Vérifiez d'abord que vos portions sont de la bonne taille, puis mesurez-les de nouveau de temps à autre. Si vos portions sont trop grosses, elles pourraient vous apporter plus de calories que vous ne le pensez;
  • choisissez des viandes moins grasses et des produits laitiers allégés. Si vous avez de la difficulté à vous habituer au goût des produits à faible teneur en gras, introduisez-les graduellement dans votre régime alimentaire;
  • offrez-vous une gâterie de temps à autre. Si vous vous privez constamment, vous pourriez avoir plus tendance à faire des excès. Mais, veillez à ce qu'elle soit petite;
  • bougez! Réservez, dans le courant de la journée, des périodes d'au moins 10 minutes pour une activité physique, si vous n'avez pas le temps d'entreprendre une longue séance d'exercices. Chaque semaine, accumulez au moins 150 minutes d'activité aérobique d'intensité modérée à forte; de la marche (à un rythme soutenu) au vélo en passant par le jogging, ce n'est pas le choix qui manque. Les bienfaits pour la santé augmentent avec l'accroissement de l'activité physique.

Vous pouvez mettre en œuvre d'autres stratégies

L'étude de Harvard montre qu'en plus de la surcharge pondérale, du tabac et de la boisson, d'autres facteurs liés au mode de vie peuvent augmenter votre risque de cancer. Il y en a quelques autres qui influeront vraisemblablement sur votre santé, ici, en Amérique du Nord :

  • une faible consommation de fruits et de légumes,
  • des rapports sexuels non protégés,
  • la pollution atmosphérique.

Tout comme avec les 3 facteurs les plus importants, il y a moyen de réduire les risques qu'ils posent aussi. Voici quelques conseils.

Mangez sainement :

  • consommez au moins 7 à 10 portions quotidiennes de fruits et de légumes non féculents (par ex. les légumes à feuilles vertes, les brocolis, les carottes), selon les recommandations du Guide alimentaire canadien. Gardez à la portée de la main des fruits et des légumes frais, déjà lavés et coupés. Il est plus probable que vous en ferez des collations s'ils ne demandent pas une grande préparation ;
  • commencez vos repas par une salade ou ajoutez des fruits frais à votre céréale ;
  • approvisionnez-vous en légumes surgelés et gardez-les à portée de la main. Les légumes ne perdent pas leur valeur nutritive au cours du processus de congélation commercial et ils agrémentent aisément les recettes aux pâtes alimentaires ou aux viandes sautées. L'ajout de fruits au lait, au jus ou au yogourt vous permettra de confectionner rapidement une délicieuse boisson frappée ;
  • évitez les boissons sucrées, les repas-minutes et les aliments transformés - c'est un conseil que vous avez probablement entendu mille fois, mais cela vaut la peine de le répéter ! Pour en faire un message simple : beaucoup de fruits, de légumes et de fibres, et très peu de sucre et de gras !
  • limitez votre consommation de sel et de viande rouge - le World Cancer Research Fund propose de se contenter d'au plus 2,4 g de sodium par jour et de 500 g de viande rouge par semaine. Veillez aussi à limiter votre consommation de viande transformée.

Adoptez des pratiques sexuelles « sans danger » :

  • entretenez des rapports sexuels avec un seul partenaire à la fois ; ne cessez pas d'utiliser des préservatifs au cours des 6 premiers mois de vos relations ni avant d'avoir subi un test de dépistage des infections transmises sexuellement ;
  • apprenez à utiliser convenablement un préservatif. C'est la seule forme de contraception qui, quand elle est bien employée, permet d'assurer une bonne prévention des infections transmises sexuellement ;
  • conservez les préservatifs ailleurs que dans votre portefeuille, à moins que vous n'ayez l'intention de vous en servir sous peu ;
  • utilisez un lubrifiant à base d'eau. Les lubrifiants à base d'huile abîmeraient le latex qui pourrait se déchirer ;
  • pensez, si vous êtes une femme, à subir un frottis vaginal, comme conseillé par votre médecin, afin de dépister les signes précoces du cancer du col de l'utérus ;
  • discutez avec votre médecin du vaccin qui permet de prévenir le VPH (virus du papillome humain) - qui a été associé au cancer du col de l'utérus.

Réduisez votre exposition à la pollution atmosphérique :

  • vérifiez l'indice de la qualité de l'air de votre région avant de sortir. Limitez le temps que vous passez en plein air lorsqu'une alerte au smog est émise, surtout si vous êtes atteint d'une affection respiratoire ;
  • prenez les mesures nécessaires pour faire de votre foyer et de votre voiture un milieu sans fumée ;
  • évitez que les émanations ne subsistent dans votre espace vital, vérifiez régulièrement le système d'échappement et les conduits de cheminée des appareils de chauffage, des cheminées, des chauffe-eau et d'autres sources possibles de polluants ;
  • nettoyez ou changez les divers filtres selon les recommandations du fabricant ;
  • contribuez à la réduction de la pollution atmosphérique : quand c'est possible, marchez, prenez les transports en commun, ou votre vélo, au lieu de votre voiture.