Arthrite : un nom, de multiples formes

L'arthrite est un terme générique qui désigne plusieurs troubles articulaires chroniques et douloureux. Chaque forme influe sur les personnes touchées de différentes façons. Les 2 formes les plus communes sont la polyarthrite rhumatoïde et l'arthrose.

La polyarthrite rhumatoïde (PR) touche environ 1 % de la population. Elle frappe les personnes de tout âge, mais plus particulièrement celles qui sont dans la tranche de 25 à 50 ans, et elle est 3 fois plus fréquente parmi les femmes. La polyarthrite rhumatoïde est considérée comme un trouble auto-immun parce que le corps de la personne atteinte attaque ses propres articulations en lançant une offensive sur les tissus qui les tapissent et les protègent. Cette action cause de l'inflammation et, éventuellement, un dommage tissulaire qui forme des cicatrices au fur et à mesure que le cartilage, l'os et les ligaments s'érodent lentement.

Habituellement, cette forme d'arthrite se manifeste d'abord dans les petites articulations des mains et des pieds, puis gagne celles des coudes, des genoux, des épaules ou des hanches. Quand l'inflammation s'accroît, un tissu de type cicatriciel remplace le tissu normal et engendre une raideur articulaire. À mesure que l'arthrite évolue, les articulations, surtout celles des doigts et des orteils, ont tendance à se courber et à se déformer.

Parmi les symptômes de la polyarthrite rhumatoïde, on retrouve :

  • la fatigue;
  • des douleurs articulaires;
  • une enflure touchant habituellement les mêmes articulations des 2 côtés du corps;
  • une légère fièvre;
  • une raideur articulaire matinale qui dure au moins 1 heure;
  • des nodosités (des bosses apparentes sous la peau) rondes et indolores;
  • une perte de poids.

La mention du mot « arthrite » fait habituellement penser à l'arthrose étant donné qu'elle en est la forme la plus courante. Elle a été qualifiée de maladie dégénérative parce que l'on croyait qu'elle résultait de l'usure du corps, d'un excès pondéral ou de lésions articulaires antérieures. Étant donné que la dégradation du cartilage est plus importante que sa synthèse, ce déséquilibre engendre une douleur articulaire. À l'encontre de la polyarthrite rhumatoïde caractérisée par une enflure suivie de la formation de tissu cicatriciel, l'arthrose attaque le cartilage (la substance qui recouvre l'extrémité des os et qui amortit les pressions que subissent les articulations) et entraîne une douleur suscitée par le frottement des os.

Par le passé, on était convaincu que la pratique d'exercices physiques d'une intensité modérée était une cause d'arthrose. Des travaux de recherche plus récents ont montré que des exercices physiques d'une intensité normale étaient bons pour vos articulations. Discutez avec votre médecin des exercices physiques que vous pourriez pratiquer et passez en revue les types qui conviendraient à votre état.

En règle générale, l'arthrose touche aussi bien les hommes que les femmes. Elle s'observe plus fréquemment parmi les hommes ayant moins de 45 ans, mais elle semble cibler plus particulièrement les femmes ayant dépassé le cap des 45 ans. Le risque d'arthrose augmente avec l'âge.

L'arthrose se manifeste généralement dans les mains, les genoux, les hanches et les pieds. Elle peut également s'installer dans la colonne vertébrale.

Les symptômes de l'arthrose comportent notamment :

  • des nodosités ou une enflure des doigts;
  • une douleur dans les articulations profondes;
  • des bruits comme un grincement ou un craquement provenant des mouvements des articulations;
  • une raideur articulaire durant moins de 30 minutes, surtout après une période de repos ou le matin.

Il existe d'autres formes d'arthrite dont l'incidence est moins commune, ce sont :

  • polyarthrite psoriasique, qui touche les personnes atteintes de psoriasis;
  • goutte, qui affecte généralement les hommes, et qui résulte d'une accumulation d'acide urique autour de certaines articulations, en particulier celles du gros orteil.

Ne laissez pas l'arthrite vous abattre

Pour pouvoir vivre avec l'arthrite, vous devez acquérir les connaissances nécessaires à la prise en charge des symptômes, à la maximisation de la mobilité et au ralentissement de l'évolution de l'affection au moyen d'un traitement médicamenteux.

Commencez tout d'abord par consulter votre médecin si vous ne l'avez déjà fait. Les médicaments contre la douleur et l'inflammation peuvent faciliter vos mouvements et soulager la raideur articulaire. Il importe de ne pas vous décourager si le médicament ne semble pas faire effet immédiatement étant donné que l'action de quelques médicaments peut ne pas se faire pleinement sentir avant plusieurs semaines. Un médicament efficace pour une personne ne l'est pas forcément pour une autre. Vous devrez peut-être utiliser des médicaments différents et ajuster plusieurs fois leurs doses avant d'obtenir un soulagement acceptable.

Il est naturel que vous ressentiez de la frustration ou de la déprime quand vous ne pouvez plus accomplir les activités qui vous étaient habituelles - qu'il s'agisse de longues randonnées en forêt ou de minutieux travaux d'aiguille. Mais pour conserver votre santé corporelle, intellectuelle et spirituelle, vous devez faire appel à votre faculté d'adaptation. Parcourez de plus courtes distances si vous aviez l'habitude de faire de grandes promenades, ou prenez part à un « marchethon » parrainé par un centre commercial de votre voisinage. Si la poursuite de votre passe-temps préféré est devenue trop difficile, vous pourriez peut-être pratiquer une autre activité qui imposerait moins de pression à vos articulations, ou utiliser des aides adaptatives afin de pouvoir continuer à pratiquer ce passe-temps que vous aimez. Consultez des ergothérapeutes pour obtenir les renseignements qui vous permettront de vous procurer ces dispositifs pratiques et utiles à la poursuite des occupations que vous aimez.

L'exercice est important ! L'exercice soulage l'arthrite parce qu'il facilite les mouvements des articulations et qu'il fortifie les muscles qui les entourent. La nage et la marche sont d'excellentes activités qui ne soumettent les articulations qu'à de faibles pressions quand elles sont pratiquées avec modération. Elles permettent de faire travailler les muscles sans accroître l'inflammation ni les douleurs articulaires. La nage est particulièrement bonne étant donné que l'eau aide à supporter le poids de votre corps et élimine la pression sur les articulations. Appelez le centre local de services communautaires le plus proche pour savoir s'il offre des programmes d'activités axées sur des exercices physiques précis. Consultez votre médecin ou un physiothérapeute avant d'entreprendre un nouveau programme d'exercices.

L'activité tant physique que mentale joue un rôle important dans le maintien de votre santé. Par exemple, votre participation régulière à des programmes de natation et d'exercices vous donne une raison de sortir de chez vous et vous permet de cultiver des rapports sociaux. Demandez à votre médecin ou à un physiothérapeute de vous proposer des suggestions.

L'atténuation de la gêne

L'arthrite est une affection chronique qui exige habituellement un traitement de longue durée. Quelques personnes connaissent des périodes de rémission, c'est-à-dire sans douleur. Mais si vous ressentez de la douleur, vous devez aborder ce problème. Il existe heureusement des médicaments qui peuvent procurer du soulagement.

Pour les cas de polyarthrite rhumatoïde, les médecins recommandent souvent des médicaments comme :

  • des anti-inflammatoires non stéroïdiens ou AINS (par ex. l'ibuprofène, le naproxène);
  • des médicaments antirhumatismaux modificateurs de la maladie ou ARMM (par ex. l'hydroxychloroquine, les sels d'or oraux et injectables, la sulfasalazine, la D-pénicillamine, le méthotrexate);
  • des agents biologiques ou modificateurs de la réponse biologique (par ex. l'adalimumab, l'anakinra, l'étanercept, l'infliximab);
  • des corticostéroïdes (par ex. la prednisone).

Ces médicaments peuvent s'avérer utiles dans le soulagement des symptômes de la polyarthrite rhumatoïde, y compris la douleur et l'inflammation. L'action des AINS et des corticostéroïdes maîtrise les symptômes et soulage l'inflammation, tandis que celle des ARMM et des modificateurs de la réponse biologique atténue les signes et les symptômes tout en freinant l'évolution de l'affection.

Comme tous les médicaments, les préparations utilisées pour soigner la polyarthrite rhumatoïde sont susceptibles de générer des effets secondaires. Selon vos antécédents médicaux, certains de ces médicaments pourraient ne pas vous convenir. Il importe de consulter votre médecin, ou un pharmacien, au sujet de la possibilité d'effets secondaires et de la façon de les prendre en charge. Comme pour tout autre médicament, posez des questions à votre médecin ou à un pharmacien sur les effets secondaires possibles et sur ce que vous pouvez faire pour les prévenir ou les réduire au minimum.

Outre les médicaments, la physiothérapie pourrait s'avérer utile pour maintenir autant que possible la souplesse et la force de vos articulations.

Lorsqu'il s'agit de soigner l'arthrose, les médecins adoptent des méthodes légèrement différentes, car la douleur n'a pas la même origine que celle de la polyarthrite rhumatoïde. Ils emploient des médicaments aux effets anti-inflammatoires, comme les AINS et les corticostéroïdes, mais dans beaucoup de cas, la douleur peut être maîtrisée par l'acétaminophène, qui n'est pas un anti-inflammatoire. À l'occasion, ils prescrivent également des injections de stéroïdes qui se donnent directement dans les articulations douloureuses.

D'autres thérapies sont utilisées, notamment des produits de santé naturels comme la glucosamine et la chondroïtine. Ces produits peuvent prendre jusqu'à 6 semaines pour produire des effets et pourraient être déconseillés pour certaines personnes (comme en présence d'un diabète).

Des traitements physiques non médicamenteux ont également leur place, notamment la physiothérapie et le port d'un appareil orthodontique qui stabilise l'articulation et l'empêche de bouger. En outre, une perte de poids pourrait concourir au soulagement de la pression exercée sur des articulations porteuses comme les hanches et les genoux. Les personnes atteintes d'une forme plus grave d'arthrite pourraient avoir recours à une intervention chirurgicale.

Les enfants n'échappent pas à l'arthrite

L'arthrite chronique juvénile arthrite touche 1 enfant canadien de moins de 16 ans sur 1 000. Le diagnostic d'arthrite chronique juvénile est généralement posé quand les signes et les symptômes d'arthrite (une enflure, une rougeur, une sensation de raideur et de chaleur dans les articulations) d'un enfant durent plus de 6 semaines. Quelques enfants ne ressentent aucune douleur tandis que l'amplitude de leurs mouvements se réduit à mesure que la raideur de leurs articulations s'accentue – elle peut varier considérablement pour chaque enfant. Bien que ce type d'arthrite puisse se manifester dans n'importe quelle articulation, elle apparaît principalement dans celles des genoux, des pieds et des mains.

L'arthrite chronique juvénile se manifeste sous 3 formes prépondérantes dénommées oligoarticulaire, polyarticulaire et systémique.

La forme la plus courante est l'arthrite oligoarticulaire qui atteint 4 articulations au plus. Environ 40 % ou 50 % des enfants contractent l'arthrite chronique juvénile sous cette forme qui se manifeste dans les plus grandes articulations (comme celles des genoux), ainsi que les chevilles, les poignets et les coudes. Les fillettes y semblent plus susceptibles que les garçons. Les yeux peuvent présenter une vive sensibilité à des problèmes inflammatoires.

L'arthrite polyarticulaire se classe en 2e place en termes de fréquence, elle touche environ 30 % des enfants atteints d'arthrite chronique juvénile. Il s'agit d'une forme plus grave que l'arthrite oligoarticulaire, car elle s'installe dans au moins 5 articulations à la fois, lésant sans faire de distinction les petites articulations des mains et des pieds et celles plus importantes des genoux et des hanches.

Environ 10 % à 20 % des enfants souffrent d'arthrite systémique qui touche les filles et les garçons dans des proportions égales. Outre les symptômes caractéristiques de l'arthrite, elle déclenche une fièvre et une éruption cutanée, et elle peut avoir une influence sur des organes internes comme le foie et le cœur.

D'autres formes d'arthrite chronique juvénile comprennent la polyarthrite rhumatoïde de type adulte, la polyarthrite psoriasique et la spondylarthropathie. Quand les enfants sont atteints de polyarthrite psoriasique, l'arthrite se développe généralement avant les manifestations cutanées du psoriasis. La spondylarthropathie, qui touche habituellement les hanches, est observée plus fréquemment chez les garçons dans le groupe de plus de 10 ans.

Quand les médecins traitent des enfants atteints d'arthrite chronique juvénile, ils s'efforcent avant tout de les garder actifs et mobiles afin qu'ils puissent tirer parti de la vie au maximum. Quelques-uns des médicaments utilisés contre la polyarthrite rhumatoïde des adultes pourraient leur être recommandés. La physiothérapie joue également un rôle important dans le maintien de la souplesse de leurs articulations.

Les enfants tout comme les adultes peuvent prendre en charge l'arthrite et tirer parti de la vie grâce à l'acquisition de connaissances appropriées, au soutien social et à la gestion de leurs médicaments