- Dr Art Hister
Chaque fois que je publie ou que je dis quelque chose qui ne chante pas totalement la gloire de la prise de vitamines pour prévenir les maladies du cur ou le cancer, ou encore la calvitie précoce, je reçois un paquet de lettres, de courriels et d'appels téléphoniques méchants, où les auteurs protestent vigoureusement et m'accusent de n'avoir aucune idée de ce que j'avance. Et vous savez ce qui fait le plus mal ? Un bon nombre de ces protestations proviennent de ma famille, alors vous pouvez imaginer le ton des communications sur le sujet envoyées par le reste du monde.
Vous savez, je suis simplement une personne qui aime vivre dangereusement et je vais donc courir le risque de recevoir d'autres missives « déplaisantes » m'accusant d'être un médecin typique qui déteste les vitamines et les remèdes « naturels ». Je vais donc vous parler d'une étude publiée récemment dans la revue médicale Journal of the American Medical Association (JAMA), l'étude WAVE (Women's Angiographic Vitamin and Estrogen). Durant cette étude, les vitamines E et C, qui sont les vitamines antioxydantes miracles les plus employées pour réduire le risque de crise cardiaque, n'ont tout simplement pas réduit ce risque. En fait, elles ont plutôt exercé l'effet contraire.
Au cours de l'étude WAVE, 423 femmes ménopausées ayant une maladie cardiaque confirmée ont reçu soit une hormonothérapie substitutive (HTS) ou des suppléments de vitamines (de la vitamine C à la dose de 1000 mg par jour, soit beaucoup plus que la dose généralement prise, et de la vitamine E à la dose de 800 mg par jour, une dose couramment recommandée pour combattre la maladie cardiaque), ou encore une association d'hormonothérapie et de vitamines, ou un placebo.
Donc, qu'a-t-on appris de cette étude ? Étant donné les nouvelles encore fraîches selon lesquelles l'HTS ne prévient pas la maladie cardiaque, vous ne serez pas étonné d'apprendre que l'étude a confirmé une telle observation, c'est-à-dire que l'HTS ne procure aucun bienfait cardiaque aux femmes ménopausées ayant une maladie cardiaque avérée, que l'HTS consiste en une association d'strogène et de progestérone ou en un strogène administré seul.
Vous vous dites que je ne vous apprends rien de nouveau et vous voulez que je vous dise quelque chose qui vous surprendra vraiment.
Voici donc la surprise que je vous réserve : chez les femmes ayant pris les vitamines antioxydantes durant cette étude, le risque de subir un genre ou un autre d'accident cardiaque (un euphémisme pour désigner une crise cardiaque ou la mort subite à cause d'un trouble du rythme cardiaque) a augmenté, comparativement au risque chez les femmes ayant reçu seulement un placebo.
C'est bien vrai. Les femmes qui ont pris soit de la vitamine C ou de la vitamine E pour tenter de diminuer le risque de crise cardiaque ont en fait été exposées à un risque plus élevé d'un tel accident.
Cependant, pour être juste, je dois préciser que cette étude comporte plusieurs limites. D'une part, la majorité d'entre nous ne sommes de toute évidence pas des femmes ménopausées atteintes d'une maladie du cur, et les résultats de cette étude ne concernent peut-être que ces femmes et pas le reste d'entre nous. Je dois toutefois ajouter que le groupe se devant d'apprécier le plus les effets du traitement, si ce dernier est vraiment efficace, devrait être précisément le groupe étudié, à mon avis.
Par ailleurs, un autre fait s'avère encore plus important : le nombre de personnes ayant participé à l'étude est si faible que les résultats pourraient être le simple fruit du hasard. Pour cette raison, je ne dirai pas que les personnes qui prennent de la vitamine C ou de la vitamine E vont bientôt tourner de l'il parce qu'elles ont pris ces suppléments. En outre, je vais me montrer très libéral en ajoutant que si vous croyez que ces vitamines vous font du bien, je ne tenterai pas de vous dissuader de les prendre. Après tout, je ne suis que le messager, et vous faites ce que voulez du message.
Néanmoins, je vais ajouter que cette étude n'est pas la première étude bien conçue à avoir rapporté que la prise de ces vitamines n'a aucun effet bénéfique sur la prévention de la crise cardiaque. Il est donc peut-être temps d'admettre, tout simplement, que ces vitamines antioxydantes particulières sont loin d'être aussi efficaces pour éviter la maladie cardiaque que ne le laissent entendre leurs défenseurs, bien qu'elles procurent peut-être d'autres bienfaits. (Malgré toutes ces données s'opposant à la prise de doses importantes de vitamine C, j'en prends quand même une bonne quantité lorsque je sens l'arrivée d'un rhume ou d'une grippe, car je crois vraiment que cela me fait du bien).
Voilà donc les mauvaises nouvelles pour cette semaine. Comme toujours, je souhaite tout de même conclure par un commentaire positif, que voici : il existe en fait une vitamine qui pourrait constituer la clé d'une meilleure santé cardiaque. Il se peut que l'acide folique, une autre vitamine attirant beaucoup moins de respect que les vitamines C et E, réduise en fait le risque de crise cardiaque et d'accident vasculaire cérébral. Avant de vous révéler pourquoi, je vais vous tenir en suspens un peu plus longtemps (pour vous donner le temps de faire de l'exercice) et je vous en parlerai la semaine prochaine.
- Art Hister, MD
Médecin de famille, Dr Art Hister a obtenu son diplôme de l'Université McGill en 1970. Après avoir été interne à l'Hôpital général juif de Montréal, Dr Hister a déménagé à Vancouver en 1971 où il est devenu le premier médecin à temps plein de la Pine Free Clinic, la première clinique canadienne dont la mission consiste à traiter exclusivement les jeunes itinérants. Dr Hister a quitté la Pine Clinic en 1977 pour exercer en pratique privée dans secteur de Kitsilano, à Vancouver. En 1991, Dr Hister a abandonné sa pratique pour devenir à plein temps un « médecin des médias ».