—Dr Ray Baker, BSc (spécialisé), MD FCFP, FASAM

Si l'on se fiait à l'ampleur de la couverture médiatique concernant le virus de Norwalk, on penserait qu'il s'agit d'un virus nouveau et dangereux; en fait, il n'est ni l'un ni l'autre. Les virus de type Norwalk, qui sont l'une des causes les plus fréquentes de la gastroentérite virale, ou des vomissements et de la diarrhée que nous appelons parfois « grippe intestinale », sont probablement parmi nous depuis très longtemps. Cependant, en raison de leur taille si petite, ce n'est qu'au début des années 1970 que nous avons réussi à identifier ce virus et les autres virus courants responsables d'une gastroentérite virale.

Les virus

Ces petits monstres malfaisants ne sont pas vraiment des organismes vivants; en fait, ce ne sont que de minuscules chaînes de molécules contenant un code biologique et entourées d'une enveloppe de protéines appelée capside. Ils sont si petits qu'ils pénètrent facilement dans notre corps et à l'intérieur de nos cellules pour prendre le contrôle de l'activité cellulaire.

Le code du virus se trouve dans des brins d'ADN ou d'ARN qui modifient les codes d'instruction normaux des cellules. Le virus convertit la cellule en une usine qui fabrique des particules virales identiques à lui-même, jusqu'à ce que la cellule en meure. Tout comme un virus informatique, une fois que ce virus s'est établi, il continue de se répliquer, de se propager à d'autres parties de l'organisme et de s'exporter vers d'autres hôtes susceptibles, tant qu'on n'a pas réussi à l'éliminer.

Les virus peuvent causer une vaste gamme d'infections, allant des verrues et du rhume banal jusqu'à la fièvre hémorragique d'Ebola, en passant par la polio, les oreillons, la rougeole, l'hépatite, la méningite, la pneumonie et le sida. Les virus modifient les codes de commande de notre ADN ou ARN; par conséquent, certains types de virus sont capables de neutraliser la commande qui met normalement fin à la division cellulaire, provoquant ainsi une réplication anormale et désordonnée des cellules, autrement dit un cancer. Les infections virales antérieures sont responsables de certains types de lymphomes, de cancers dans le cou et probablement d'autres cancers dont l'origine virale n'a pas encore été reconnue.

Le virus de Norwalk

Ce virus fait partie de la famille des Calicivirus, un groupe de petits virus à ARN qui contiennent une vaste gamme de séquences d'acides nucléiques dans leur ARN; il est responsable de jusqu'à 80 % des épidémies de gastroentérite dans les centres d'accueil. Le virus de Norwalk se propage à partir des voies digestives d'humains infectés, lorsque les particules virales dans des selles contaminées entrent en contact avec les mains puis la bouche d'une autre personne susceptible de contracter l'infection.

Une fois dans les intestins, le virus infecte les cellules qui tapissent l'intérieur de l'intestin grêle. Après une courte période de multiplication rapide du virus à l'intérieur de ces cellules, ces dernières sont détruites; il en résulte une fuite, dans l'intestin, de liquides et de sels venant d'autres parties de l'organisme. Cela provoque des selles liquides (diarrhée) chargées de virus.

Les épidémies causées par ce virus ont été attribuées à des sources contaminées d'eau potable, à des fruits et des légumes frais irrigués avec de l'eau contaminée, à des travailleurs de l'alimentation infectés et, enfin, à des huîtres provenant de bancs situés près d'endroits de rejet d'eaux usées incorrectement traitées. Le virus peut également se propager par l'intermédiaire de gouttelettes d'eau ou de sécrétions contenant le virus et se trouvant sur des objets que nous manipulons, par exemple une poignée de porte.

Le virus de Norwalk se propage facilement durant les épidémies pour plusieurs raisons :

  • Il ne faut qu'un très petit nombre de particules virales pour causer une infection chez un hôte susceptible.
  • Les personnes infectées éliminent le virus dans leurs selles pendant une période pouvant atteindre deux semaines, même une fois les symptômes disparus.
  • Le virus survit au gel, à une température s'élevant à 60 ºC et à une concentration de chlore atteignant 10 parties par million.
  • Il existe plusieurs souches différentes du virus, et l'immunité acquise est spécifique à une seule souche.
  • Même si l'infection a permis d'acquérir une immunité, cette immunité diminue au fil du temps, ce qui expose la personne à une nouvelle infection.

Après une période d'incubation de un à trois jours qui suit l'exposition au virus, la personne infectée présente une fièvre, des douleurs musculaires, un mal de tête, des vomissements et une diarrhée accompagnée de crampes. Le plus souvent, les jeunes enfants ne présentent que des vomissements; par contre, chez l'adulte, une diarrhée est plus fréquente. Le diagnostic est fondé sur les manifestations cliniques et sur la présence d'autres personnes atteintes d'une infection semblable dans l'entourage du malade plutôt que sur des analyses de laboratoire, car ces analyses difficiles à pratiquer et coûteuses sont habituellement effectuées dans des laboratoires de recherche.

Chez toutes les personnes autres que les grands malades ou les personnes ayant une déficience immunitaire, l'organisme produit un anticorps spécifique pour assurer sa défense, et la personne atteinte se rétablit en deux ou trois jours. Si les vomissements sont importants et prolongés, ou si l'on soupçonne une déshydratation grave, il devient alors nécessaire de procéder à l'administration d'électrolytes et de liquides par voie intraveineuse.

Précautions

Étant donné que le virus de Norwalk est un des virus les plus contagieux, si vous êtes susceptible au virus et que vous entrez en contact étroit avec des personnes infectées, vous serez probablement malade. C'est pour cette raison que, une fois établie dans des dortoirs, des résidences de personnes âgées, des écoles élémentaires et des bateaux de croisière, l'infection balayera la population confinée dans cet espace et causera une épidémie grave. Un bon lavage des mains, où chaque doigt est soigneusement frotté avec du savon et beaucoup d'eau, puis est rincé, constitue une méthode efficace de se débarrasser du virus. Les surfaces et les objets contaminés devraient être stérilisés par la chaleur ou nettoyés avec de l'alcool à 70 % ou du javellisant à 10 %.

Bien que les médias aient fait état d'épidémies causées par cet horrible virus, il faudrait probablement mettre la situation en perspective. En fait, ce virus n'est ni nouveau, ni rare. Sur l'échelle des infections virales, les infections causées par les virus de type Norwalk, bien qu'elles soient gênantes et désagréables, voire embarrassantes, ne sont pas particulièrement graves. Si l'on souhaite se préoccuper de sa santé, mieux vaut se concentrer sur des choses effrayantes et dangereuses, par exemple le tabagisme, la consommation excessive d'alcool ou l'utilisation d'une automobile.

Le docteur Ray Baker est professeur adjoint de clinique à la Faculté de médecine de l'Université de Colombie-Britannique. Il a reçu des bourses d'étude tant en médecine familiale qu'en médecine des toxicomanies. Il pratique la médecine depuis plus de 23 ans. De 1993 à 1997, il a représenté le Canada au conseil d'administration de l'American Society of Addiction Medicine, l'organisme responsable de la délivrance des titres et certificats pour ce domaine spécialisé de la médecine en Amérique du Nord. Son domaine de spécialité clinique concerne l'évaluation et la planification du traitement du travailleur frappé d'incapacité à cause de l'une des « incapacités invisibles », soit le stress, la dépression, le syndrome de douleur chronique ou la toxicomanie.